• Steve Boukhers

Bitmojis, Emojis, GIF : Quand l’image se substitue au verbe

Mis à jour : 17 sept. 2019


Un smiley en guise de « oui », un GIF en guise d’émotion, un bitmoji en guise de « e-me ». Pourquoi écrire quand on peut montrer ? Décryptage de la langue-image au diapason du « j’aime » et du « partage ».


Les réseaux sociaux sont des canaux où s'invente et s'expérimente le langage. Les bitmojis (avatars personnalisables), les emojis (idéogrammes intégrés à l’espace texte), et les GIF (images numériques animés) s’entremêlent. Ils sont dans tous nos échanges et dans tous les contextes.



Une prise de parole en images


Julien s’apprête à dégainer un énième emoji, sur Messenger. Rien de plus normal pour ce trentenaire que de répondre par une image en lieu et place d’un «ça va ?». Julien n’est pas un cas isolé. En 2018, nous avons envoyé près d’un milliard d’emojis, sans texte, chaque jour via Messenger selon Facebook. Près de dix milliards ont alimenté nos Tweets et environ 50% de nos posts Instagram. A ceux qui les pensent l’apanage des seuls jeunes, les emojis sont aussi utilisés régulièrement par plus des trois quarts des personnes de 56 à 64 ans, selon une étude Greenberg réalisée en 2017.


L’emoji n’est que l’un des nombreux outils que nous nous sommes accaparés pour nourrir nos conversations. Bitmojis, emojis, GIF, photos, vidéos et sons s’inscrivent dans toutes nos discussions, commentaires et … campagnes institutionnelles.


Déjà en 2014, la Maison Blanche lançait une campagne ponctuée d’emojis sur Twitter pour promouvoir son plan d’aide à la génération Y. A l’époque, les emojis interviennent en ponctuation d’une phrase, pour compléter un énoncé textuel.



Les emojis à l'assaut de la Maison Blanche

Depuis, l’emoji s’est mué en vecteur émotionnel. Dans son livre Parlez-vous pic speech ?, Thu Trinh-Bouvier indique que la langue-image est « une langue d’engagements identitaires où l’émotion est le moteur créatif. » Dès lors, notre langage s’enrichit d’imageries, d’emojis, de bitmojis et autres GIF pour donner vie à nos émotions.


A l’occasion de sa fête nationale, le Luxembourg s’est offert une gamme d’emojis et de GIF. Le nation branding se dit et se lit désormais en images.



Le nation branding luxembourgeois en emojis

La prise de parole se fait plus que jamais en images. Le groupe PwC Luxembourg a invité les bitmojis à partager l’affiche de sa campagne nouveaux associés en 2018.



Les emojis en entreprise

L’image est indéniablement un mode de communication rapide, immédiat et simple. Si sa pratique est ancestrale, son usage pour signifier nos émotions est, lui, contemporain.


Nos mots sont-ils condamnés à la « perpétweeté » ?


Les médias sociaux révèlent une tendance à restreindre le texte et à développer l’usage des images. Sur Facebook, un message composé d’une image reçoit 10 fois plus de partages et de mentions « J’aime » qu’un texte. Cette tendance qui se manifeste sur Facebook est portée à son paroxysme sur Pinterest et Instagram, ou la communication s’exprime quasi-totalement par l’intermédiaire d’une image. Sur Twitter, le constat reste identique. Malgré les 280 caractères d’espace d’expression, un tweet est plus susceptible d’être aimé et partagé s’il est illustré. Nous dirigeons-nous vers un langage cartoonesque ?



Vers un langage cartoonesque ?

A l’ère des réseaux sociaux, les informations sont traitées selon des valeurs instinctuelles, pour que nos messages voyagent longtemps sur une plateforme, pour faire connaître notre compte et enregistrer le plus grand nombre de « followers », communément appelés amis dans la terminologie des réseaux sociaux. Cette notion n’a d’ailleurs pas grand chose à voir avec l'affection qui lie deux êtres dans l’amitié. Rien d’étonnant à faire la part belle aux images plutôt qu’aux mots, dans ce contexte.


Dès lors, que reste-t-il à nos mots ? Sont-il condamnés à la perpétuité ? Nos mots ne seront pas sacrifiés sur l’autel des réseaux sociaux. Au pire, on francise par facilité ou rapidité. La langue de Molière se mixe à celle de Shakespeare. Liker ou ne pas liker, la question est d'une préciosité ridicule à une époque de métissage linguistique proche du darwinisme lexical.


Quant aux images, elles sont finalement une traduction numérique de notre communication non-verbale (intonation, gestes, expressions, attitudes et autres signaux) que notre cerveau utilise pour intégrer un message. Somme toute, les conversations sur canaux numériques empruntent l’image pour reproduire nos conversations en face à face.


A l’ère du numérique, les images véhiculent nos émotions; les mots donnent du sens. A défaut, le message se mue en rébus. La communication est rompue. L’objectif est perdu.



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